Antoine Gambut, alias Teiho, d’une île à l’autre, d’un rêve à l’autre


Il y a quatre ans, lorsque nous l’avions rencontré, Antoine Gambut, alias Teiho, était animateur dans une radio, DJ et directeur artistique à Nouméa. Depuis, le Mâconnais d’origine a quitté la Nouvelle Calédonie pour s’installer en Thaïlande. Toujours dans le milieu de la musique et de la nuit…


Je ne connaissais pas du tout le pays. J’avais un copain à Phuket, on avait fait la même école de DJ. Je suis allé le voir et j’ai bien aimé le pays. En même temps, deux de mes amis, qui avaient déjà des business à Nouméa, étaient sur l’île de Ko Samui, la deuxième plus grande île de Thaïlande, et je les ai rejoints. Ils recherchaient un business et connaissaient mes compétences. Ils m’ont donc proposé de travailler avec eux. Et le projet était lancé. À la base, j’étais juste parti en vacances. Et puis on a eu un coup de cœur pour le Ivy Beach Club. J’ai tout quitté pour me lancer dans cette aventure.

Le choix n’a pas été trop difficile ?

Ça faisait dix ans que j’étais en Nouvelle Calédonie. Je commençais à tourner en rond et je ne voyais plus trop de challenges qui pouvaient me passionner. J’aurais voulu racheter une boite de nuit, mais je ne pouvais pas forcément d’un point de vue financier. Et cette opportunité s’est présentée. C’était en février 2018, le 2 mars je rentrais à Nouméa et deux mois et demi après j’arrivais en Thaïlande pour m’y installer.

Comment s’est passée ton adaptation ?

Le « live style » est quasiment le même qu’à Nouméa avec les plages, les cocotiers et le soleil. Après, c’est une autre culture, une autre langue, une approche et une façon de travailler complètement différentes. Les Thaïlandais n’ont pas la même logique que nous. Le côté religieux est également omniprésent et il faut le respecter. Il a fallu se mettre un peu dans les mœurs, se créer un petit moule. On n’arrive pas ici en terrain conquis. On n’est pas chez nous. On te donne le droit d’être ici, mais tu n’es pas à la maison.

Cela ne t’a pas freiné ?

J’ai eu la chance de me mettre en ménage très rapidement donc j’ai été aidé dans les démarches. Mais il faut savoir que si tu viens ici avec tes grands souliers en pensant que t’es ici chez toi et que tu vas faire ce que tu veux… Si tu viens avec tes idées et pour tout révolutionner, tu restes six mois, pas plus… Après si tu es ouvert d’esprit et intelligent, tu peux te plier assez facilement à ce qu’on attend de toi, et rien ne peut t’empêcher de profiter de la vie en Thaïlande.


Qu’est-ce qui t’a séduit dans ce pays ?

Il y a deux Thaïlande, Pattaya et Phuket par exemple que les gens connaissent, une Thaïlande très européanisée et une Thaïlande plus authentique. J’aurais pu aller à Pattaya ou à Phuket, mais coté authenticité, Ko Samui est plus sympa. C’est l’île la plus chère de Thaïlande, c’est un peu le petit Monaco de Thaïlande. On ne trouve pas forcément les mêmes touristes que sur les îles très touristiques. Le fonctionnement est un peu le même qu’à Nouméa. Sur une île, on se connaît tous très vite comme dans un petit village avec une très grosse communauté de Français, 6-7000 ici, la deuxième plus grosses sur l’île derrière les Russes, parmi lesquels de nombreux retraités.

Avoir ton établissement, c’était un peu votre rêve, non ?

Mon projet n’était pas d’être DJ toute ma carrière, mais d’avoir mon business a moi. Je l’ai fait. En rachetant le Ivy Beach Club, je suis passé de salarié à l’entreprenariat avec les contraintes que ça peut avoir. J’ai juste pris cinq jours de vacances en deux ans, mais j’étais content de mettre mon temps à profit pour un projet personnel.

Tu as pourtant revendu en début d’année ?

On a anticipé les difficultés économiques dues à la crise du Covid. J’avais compris que si ça devait durer, je n’aurais pas la trésorerie nécessaire. J’ai donc repris mes activités de DJ et d’infographiste, et je fais de la vidéo. J’organise aussi des événements qui fonctionnent pas mal. L’activité est forcément moindre en ce moment puisque les frontières de la Thaïlande sont toujours fermées. Le pays a très bien géré le Covid avec très peu de cas, mais notre île et la Thaïlande en général vivent à 80 % du tourisme. La situation ne peut pas durer éternellement, il va falloir rouvrir les frontières, même si les Thaïs sont très frileux.

Ton avenir est ici ?

Je me plais bien à Ko Samui, la vie sur l’île est agréable, les Thaïs aussi. Bref, j’aime bien ma vie ! Je n’ai donc pas prévu de bouger et si je dois aller ailleurs ce sera toujours en bord de mer, mais je n’ai pas l’intention de rentrer en France. Sauf si je suis obligé…

C’est-à-dire ?

Je suis aujourd’hui en fin de visa et de « work permit ». L’amnistie se termine fin septembre*. Nous sommes 150 000 étrangers dans ce cas en Thaïlande. Pour avoir un autre permis de travail, je dois activer une nouvelle société, sauf que pour la lancer il faut que je ressorte de Thaïlande et que j’aille dans un pays limitrophe. Or, en ce moment toutes les frontières sont fermées, la Birmanie est fermée, la Malaisie aussi. Je n’ai pas forcément de solution, tous mes projets sont à l’arrêt. En plus dans mon secteur d’activité, ce n’est pas vraiment la joie les monde de la nuit et du spectacle sont les grands oubliés de cette histoire.

· Depuis notre entretien, Teiho a obtenu une extension d’un mois de son visa, le temps de trouver une solution