Benjamin Jobert, éternel Tango


Vingt-neuf ans sur les parquets de Prissé, dix-sept ans en équipe première, plus de 450 matchs de Nationale avec les Tangos, six play-offs… Du haut de ses 2,02 m, Benjamin Jobert n’a connu qu’un seul club. Revenu à Prissé depuis deux ans pour faire partager son expérience et intégrer la cellule sportive, le Prisséen pur souche incarne les valeurs d’un club.


En 2015, à 34 ans, Benjamin Jobert raccrochait les baskets. Trois décennies, ou presque, après avoir marqué ses premiers paniers. Toujours sous le même maillot, celui de son club formateur et de cœur. La belle histoire entre les Tangos et l’intérieur commence comme toutes les autres, l’histoire d’un gamin qui découvre le basket du haut de ses 5 ans et qui accroche tout de suite.


« Mes parents habitaient Prissé et cherchaient un club sportif pour moi, dans le village c’était l’ESPM alors ils m’ont inscrit. J’ai eu l’avantage d’être relativement grand et je trouvais une valorisation personnelle dans la pratique de ce sport. En plus de ça je jouais avec les copains, j’étais régulièrement surclassé. Les coachs voyaient mes capacités et me poussaient à toujours en faire plus. » Au contact des joueurs plus expérimentés et plus physiques, il apprend chaque année et progresse très vite. À tel point qu’à 17 ans, Christophe Bourse, entraîneur de l’équipe première, l’intègre à son groupe de Nationale 1.


« L’état d’esprit, c’est l’ADN du club »

Quand l’ESPM est rétrogradée en Nationale 2, plusieurs joueurs partent et un nouveau groupe « assez exceptionnel » se forme. « On s’entendait tous très bien. On a disputé cinq ans d’affilée les barrages d’accession en Nationale 1. On venait vraiment pour jouer, il y avait un superbe état d’esprit autant sur le terrain qu’en dehors. Et ça se ressentait quand on jouait. À Prissé, si on veut des résultats il faut que ça passe par là, c’est un peu l’ADN du club. Avec les joueurs, on passait les week-ends chez l’un, chez l’autre. On se voyait pendant les vacances. Ça allait bien au delà du basket. Ces coéquipiers de l’époque sont toujours mes amis aujourd’hui. »


À Prissé, Benjamin se sent définitivement chez lui et fait du « chaudron » sa deuxième maison. Pourtant la question d’un départ se pose à un moment donné… Derrière le choix d’une vie : passer pro ou rester dans le Mâconnais, en conciliant travail et basket. « Quand je suis arrivée en équipe une, j’ai terminé mes études en validant une licence professionnelle. Quand l’équipe est redescendue, j’ai étudié la possibilité d’un départ. J’en ai beaucoup discuté avec mon cousin, des anciens joueurs et ma compagne. Cela impliquait un changement de vie, des déménagements réguliers, il fallait aussi trouver un autre club, alors que tout se passait bien à Prissé. J’avais aussi envie de valoriser mes diplômes… » Il commence donc à travailler, avec le basket en complément de ses journées de consultant informatique. Une décision qu’il n’a jamais regrettée, « j’étais tellement bien à Prissé et puis je n’ai pas eu à entreprendre de reconversion quand j’ai arrêté de jouer. »


Un basket de dévouement

Ce dernier match, c’était en mai 2015, lors d’un barrage d’accession à Berck. Il part sur une bonne note et écoute son corps fatigué. « C’était de plus en plus compliqué physiquement depuis plusieurs saisons. J’avais un jeu basé sur l’intensité, un jeu extrêmement gourmand. Je devais en plus concilier le travail, le basket et la vie de famille avec mes trois filles. Mentalement, j’étais fatigué. »


Après une année en équipe 2, il raccroche complètement et il quitte d’ailleurs le monde du basket… Jusqu’à ce qu’un autre ancien du club le rappelle il y a deux ans. Il intègre alors la cellule sportive de l’ESPM pour faire le lien entre les joueurs, le coach, le président. « L’équipe finissait régulièrement entre la 8 et la 10e place de N2, on n’était pas à notre place, c’était le moment de revenir et de m’investir au club. »


Aujourd’hui, il est là pour échanger et transmettre les valeurs du club. « Je veux surtout mettre en avant l’état d’esprit. On peut être sérieux sur le terrain, et festif et convivial en dehors. Le club n’est pas riche de ses joueurs présents, il est riche de ses joueurs qui ont fait le passé, des bénévoles, des éducateurs. Les joueurs actuels feront la richesse de demain s’ils ont des résultats, mais pour cela il faut un certain nombre de choses dont l’état d’esprit. »


Et c’est cet état d’esprit que les supporters viennent voir au chaudron de Prissé. « Il sont là pour voir des joueurs produire un basket de dévouement, on doit se battre sur le terrain. Si on donne tout et que l’on gagne tant mieux, la fête sera encore plus belle, mais si on perd tant pis. Les gens viennent voir des joueurs qui mouillent le maillot. » Benjamin se souvient d’un match de barrages contre La Rochelle dans une salle des sports pleine à craquer. « Il y avait une ambiance extraordinaire et tellement de bruit que personne n’a entendu sonner les 24 secondes au chrono, pas même l’arbitre. » C’est aussi pour revivre ce genre d’émotions que le Prisséen est revenu aider son club…