De B+B à Minuit Deux, la nouvelle identité de la mode mâconnaise

En 2012, Fabrice Couturier créé sa marque de vêtements unisexes avec des matières innovantes, Brownie and Blondie, devenue il y a quatre ans B+B. C’est aussi à ce moment-là que nous avions rencontré le créateur, qui après avoir beaucoup voyagé, s’était posé entre Rotterdam et Mâcon, avec d’un côté son studio de création, de l’autre son siège social. Depuis, le Mâconnais s’est encore plus recentré sur ses origines et son histoire avec une marque et des projets qui continuent d’évoluer. Sans s’éloigner de l’ADN de la marque, ni de ses valeurs humaines. B+B est devenu Minuit Deux… le 1er janvier dernier à 00 h 02 ! Rencontre.

Fabrice, pourquoi ce changement de nom ?

Ça faisait un moment que je voulais un nom plus global, moins communautaire, plus ouvert, un peu plus poétique aussi qui véhicule nos idées et nos valeurs. Un nom qui me corresponde, une nouvelle identité plus proche de mon histoire, quelque chose de personnel. Et avec Minuit deux ont est dedans. Cette année étant celle des dix ans de la marque, c’est une année un peu charnière et il fallait le faire maintenant.

Pour la petite anecdote, quand je suis né, la sage-femme a laissé ma mère choisir l’heure de ma naissance, je suis né le 27 décembre à 23 h 45, elle a choisi le 28 à Minuit deux… Un jour de plus à vivre comme elle aime le dire.


Cette nouvelle identité n’est pas une remise en question, mais une évolution…

Minuit Deux est la prochaine étape dans l'évolution de notre histoire B+B relatant notre passé, notre présent et notre futur. B+B continuera d’ailleurs d’exister et sera une capsule de Minuit Deux. Notre souhait aujourd’hui est d'apporter une vision plus proche de nos valeurs et de nos ressentis. L’idée est de désacraliser la mode, de la rendre plus humaine, de montrer une réalité, la beauté des gens autour de nous et ce peu importe leur race, leur sexualité, leur âge. Ça reste notre ADN, mais on a souhaité sortir du débat de communauté. C’est notre identité, on n’a plus forcément besoin d’en parler puisque c’est dans notre démarche au quotidien de penser ouverture et ne pas cloisonner.

Et concrètement, le lancement de Minuit Deux s’est fait avec des portraits de Mâconnais, une volonté de mettre en valeur notre clientèle et ce côté plus humain.


Le fait d’avoir une boutique à Mâcon a permis de séduire les locaux et de te faire connaître ici ?

Avant les périodes de confinements et de crise sanitaire, j’avais 75 % de clientèle locale et 25 % d’extérieur. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée avec l’arrivée d’une nouvelle population sur le territoire. Beaucoup ont quitté les grandes villes pour s’installer à la campagne. Mâcon et son territoire ont séduit ces populations, françaises ou étrangères, souvent jeunes et branchées, et quand elles viennent dans le centre-ville, elles entrent dans notre boutique de l’Hôtel Senecé. On a cette image un peu décalée qui les séduit.


Au-delà ce cet effet bénéfique, vous avez été impactés par la crise ?

Les deux premiers mois ont été difficiles, plus personne ne commandait sur le site. Et puis les clients sont revenus ensuite. On a également eu des problèmes de production. Mes collections sont fabriquées en Pologne. Et dès le début de la crise, les anciennes entreprises d’État ont été réquisitionnées pendant quatre mois pour fabriquer des masques. C’était justement l’époque où je venais d’envoyer ma nouvelle collection de body wear. Tout a été bloqué, pendant un an je ne pouvais pas accéder à mes stocks, ni produire.

Je n’ai pas profité de cette période pour créer puisque je suis quelqu’un qui doit bouger pour créer. En revanche, il a fallu être créatif dans d’autres domaines comme le marketing et le commercial pour avancer et transformer les points négatifs. J’ai donc fait des T-shirts en France pour faire de nouveaux produits, un peu rapatrié les broderies, commencé à travailler avec un business développer pour réagir et d’adapter à la situation. On a aussi fait plus de pop-up et plus longs surtout avec beaucoup d’anciens stocks que j’ai retouchés moi-même pour apporter quelques nouveautés.


En parlant de nouveauté, il y a cette collaboration avec la Maison du Grand site de Solutré…

J’ai en effet créé les T-Shirts et les gilets des guides. J’ai rencontré une équipe hyper dynamique, super ouverte et sympa, et comme je fonctionne beaucoup au feeling on a vraiment bien travaillé ensemble. J’ai toujours trouvé le Musée très beau en termes de scénographie, l’idée d’associer mes coloris fluos, mes matières et mon travail de créateur au métier de guides dans ce site qui plus est remarquable était intéressante et cohérente. Ils ont laissé libre cours à mon imagination, on a pas mal échangé, fait plusieurs réunions dans la bonne humeur, posé nos idées et je leur ai proposé trois prototypes. Je voulais vraiment que le travail se fasse ensemble en écoutant leurs envies et leurs besoins pour arriver à quelque chose qui soit plus qu’un simple gilet. On va arriver à un produit pratique et visuel avec une matière technique lavable. Les premières pièces devraient être livrées début avril.


Vous avez prévu quelque chose pour les dix ans de la marque ?

Il y aura une grande fête le 1er juillet, un défilé sur le site de Solutré. C’est un super lieu et c’est très tendance aujourd’hui d’organiser des défilés sur des lieux in situ, dans des lieux incroyables par rapport à l’identité d’une marque. L’idée est de faire ce défilé rétrospective dans les vignes sur les pentes de La Roche. J’ai toujours aimé ce site. Dès que quelqu’un vient me voir je l’emmène là-bas, j’y ai aussi passé pal mal de temps ado avec les potes. La Roche fait partie de mon paysage depuis toujours comme pour tous les Mâconnais. Cette idée de défiler dans ce paysage, je l’avais depuis longtemps, j’en ai rêvé et le fait de collaborer avec la Maison du Grand site a fait avancer les choses.


D’autres projets pour cette fin d’année ?

J’ai commencé une collaboration avec Océane Sercien-Ugolin, handballeuse française, médaillé d’or aux JO de Pékin et vice-championne du monde. Ç a faisait un moment que je souhaitais travailler avec un sportif, mais jusque-là, je n’avais pas trouvé la personne qui corresponde vraiment à mes valeurs, aux valeurs de la marque. Son agent est client chez moi depuis 3-4 ans et il nous a présentés. On s’est bien entendu et on a eu envie de travailler ensemble. Et tout s’est fait naturellement. Je vais faire une vingtaine de pièces de l’accessoire à la chaussette en passant par le vestiaire avec veste et pantalon notamment avec des matières que je n’ai pas forcément l’habitude de travailler parce que j’ai vraiment envie de faire un produit qui lui plaise. La matière sera plus fluide, la gamme de coloris différente avec des tons un peu pastel. C’est une expérience vraiment excitante qui va se poursuivre avec un shooting photo à Ljubljana, Slovénie, là où elle joue en club, et la sortie de la collection à la rentrée, en septembre. Avec l’espoir de la présenter et d’accueillir Océane lors de notre défilé anniversaire !