Guillaume, du miel et des abeilles


Le 20 mai, c’est la journée mondiale des abeilles. Ces petites bêtes qui, malgré elles, font courir et gesticuler beaucoup de monde. Les mêmes qui produisent un nectar qui se transformera en miel pour le plus grand plaisir des gourmands. Ces petits insectes pollinisateurs qui jouent un rôle déterminant dans la préservation de la nature et de la biodiversité et qui sont plus que jamais en dangers. À cette occasion, What’s Up est allé à la rencontre de Guillaume Chantreau, apiculteur dans le Beaujolais qui nous parle de sa passion…


Originaire de Chiroubles, fils et frère de vigneron, Guillaume a créé son exploitation il y a quatre ans. Salarié en bureau de maitrise d’œuvre, il est retourné à l’école il y a trois ans pour passer un brevet professionnel de responsable d’exploitation apicole. À 34 ans, ce passionné d’abeilles exerce une double activité, entre la gestion de chantier et celle des ses ruchers. À Jullié jusqu’à maintenant, mais c’est à Lancié qu’on a retrouvé le jeune apiculteur en plein déménagement…


Guillaume, comment on choisit de devenir apiculteur ?

J’avais besoin de faire autre chose, d’avoir d’un travail plus en adéquation avec le monde dans lequel j’ai grandi. J’aime travailler à l’extérieur j’avais aussi envie de faire quelque chose où je pouvais m’investir à fond. Créer une activité dans laquelle il y avait tout à faire, où chaque journée est différente. Un besoin de construire quelque chose pour moi, à moi, tout en conservant mon travail à côté. Comme mon bébé.


Pourquoi les abeilles ?

Je n’en ai absolument aucune idée surtout que plus jeune, j’avais peur des insectes. Dès que je voyais une abeille je courrai ! Mon père avait une vingtaine de ruches, mais je ne pense pas forcément que c’est ce qui m’a marqué. Et puis un jour, j’ai acheté six essaims, j’ai fait des ruches avec mon père et j’ai tout de suis bien accroché. C’est devenu une passion, puis un business puis une nécessité dans ma vie. Je ne regrette rien, le métier d’apiculteur est vraiment enrichissant et passionnant.


Comment s’organise votre exploitation ?

Je ne fais que du miel en local. Je n’ai pas la prétention de faire du miel en lavande par exemple. Je suis bien dans ma région et les miels d’ici plaisent aux gens. Je fais de courtes transhumances entre les plaines de l’Ain, sur Dracé, Taponas, Illiat et le Haut Beaujolais à la recherche des miellés selon la saison. Je suis passé d’apiculteur passionné avec une quinzaine de ruchers à un apiculteur semi pro avec 150 ruches. Je sais que je ne monterai pas à plus de 200. Le système de production est plus intensif avec un renouvellement de cheptel et un brassage d’abeilles plus important. On a tendance à se mettre en mode chef d’entreprise, mais c’est à nous adapter au cycle de naissance et être dans l’accompagnement constant. Une saison apicole c’est 4-5 mois, mais il faut être partout.


Quels sont les aléas ?

En apiculture, on ne maitrise rien ! Il y a toujours cette incertitude d'avoir une récolte et de retrouver ses colonies en bonne santé. Il faut tout le temps être en train d jouer l’équilibre entre nos souhaits et ce que l’abeille veut aussi. Je les surveille comme le lait sur le feu pour qu’elles aient ce dont elles ont besoin, je les accompagne dans leur dynamisme, leur amène de la cire nouvelle, redistribue les cadres, vérifie la ponte de la reine, les rentrées de pollen, l’état sanitaire… Bref, je les dorlote. On a aussi beaucoup de mortalité chaque hiver à cause du varroa, un acarien, de la nosémose, de la culture aussi. Je ne crache pas sur les agriculteurs, je suis issu du milieu, mais c’est de pire en pire. Il y a peu d’exploitations agricoles qui accepteraient de perdre 50 de leurs vaches par an, alors qu’en apiculture c’est devenu normal de perdre 30 à 40 % de notre cheptel chaque année. C’est scandaleux et triste.

Parlez nous de vos miels ?

J’en ai quatre ou cinq selon les années., tout en artisanal. Ils ont chacun un adjectif et une couleur différente. Le miel de printemps, le virevoltant, un miel crémeux cristallisé ; le miel d’acacia, un miel très clair entre jaune et blanc, on n’en fait pas tous les ans car c’est une fleur très fragile ; le miel de forêt, le surprenant un peu cuivré assez éclatant et très équilibré ; le châtaigner subtil et plus fort et le fleur de montagne, stimulant. Les gens n’ont pas forcément de préférence. Chacun ses goûts et son miel.


Et vous préférez lequel ?

Je n’en mange pas beaucoup, je ne suis pas sucre ! Après quand j’en mange, c’est avec du beurre et si je devais en citer un cette année, ça serait le fleur de montagne et le forêt… le plus équilibré, le plus qualitatif selon moi, mais le moins vendu.



Un mot pour tous ceux qui craignent aujourd’hui les abeilles…

Une abeille, ça ne pique pas ! De la même façon, une guêpe qui va sur une table n’est pas là pour piquer, mais pour prendre du sucre. Toutes les deux ont pour moi autant d’importance dans le cycle de la nature. J’aimerais aussi rappeler que l’apiculture est un vrai métier. Faire de l’abeille, avoir une ruche au fond de sa cour, ce n’est pas juste pour le fun. L’abeille, même si c’est un insecte très sympa, reste un insecte sauvage, on ne s’improvise pas apiculteur.

On retrouve en plus avec des petites ruches de partout, avec du varois dans les ruches. En tant que professionnel, on ne peut pas se permettre d’avoir à coté de chez nous des ruches mal gérées.


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