Le Spot à Mâcon, dix ans sous les projecteurs !

Béatrice Paul est aux commandes du Spot depuis le 1er février 2015. Si la directrice n’a pas participé à son lancement, elle a depuis grandement participé à son développement et à la pluralité de sa programmation. Rencontre avec celle qui pilote avec passion cette salle à taille humaine, appréciée, autant par les artistes que le public…


Béatrice, si l’on excepte ces deux dernières années, on ne peut qu’être satisfait d’avoir vu le Spot grandir ainsi ?

On était en effet avant le Covid dans une belle dynamique (voir encadré). Le Spot a su trouver sa place et s’inscrit aujourd’hui dans le routing des tournées des artistes. On est sur la route des salles comme Dijon, Clermont Montbéliard ou encore Lyon, pas dans leur ombre. D’ailleurs, on travaille aujourd’hui avec de plus en plus de producteurs et de promoteurs locaux, c’est vraiment une grande satisfaction parce que cela nous permet d’accueillir de plus en plus d’artistes et surtout d’amener de la diversité dans cette salle. Chacun peut y trouver ce qu’il aime à un moment de l’année.


Cette année en est d’ailleurs la preuve avec une programmation très éclectique…

C’est une chose à laquelle je me suis vraiment attachée. Et 2022 est le reflet de ce que l’on a travaillé depuis des années. Certaines productions ne venaient pas auparavant, aujourd’hui elles nous amènent 4-5 dates à l’année. Pouvoir programmer autant d’artistes d’univers différents a été quelque chose de long à mettre en place, parce que nous étions une nouvelle salle dans le paysage culturel, et qu’il fallait que les producteurs nous inscrivent dans leur tournée. Mais c’était un de nos objectifs et on l’a réalisé. La preuve pour ses dix ans : si on regarde le programme 2022, on a Hatik, Patrick Sébastien, Harry Potter, Vitaa et Slimane, Les Chœurs de l’Armée rouge, le spectacle de Michel Sardou, Julien Doré, Kendji Girac… Des artistes vraiment différents pour satisfaire tout le monde.


Qu’est ce qui fait le succès du Spot aujourd’hui ?

C’est une salle très appréciée autant par les artistes que par le public. L’acoustique est vraiment très bonne, techniquement elle n’a rien à envier à d’autres grandes salles avec ses treize mètres sous galerie. Elle est facile d’accès et facile à travailler pour les équipes techniques avec les deux portes d’arrière qui permettent à deux semis d’entrer et de tout installer sans perdre de temps. Parce qu’il faut voir la mise en place d’un spectacle ça commence à 6 h du matin et ça se termine à 2 h. Entre temps, les équipes ne s’arrêtent jamais.

Quels sont les retours des artistes ?

Pas un seul d’entre eux ne m’a fait de retour négatif, et pourtant c’est le genre de choses qu’ils n’hésitent à dire quand ça ne va pas. Et je peux vous avouer que j’en ai eus dans d’autres salles où j’ai travaillé. Mais ici ils aiment ce côté intime, avec 3 300 personnes assises avec une acoustique un peu cocooning. Le 29 décembre quand je suis allée voir Patrick Sébastien dans sa loge, il m’a dit, devant le maire, que la salle était « top ». Louane a adoré, Bruel et Véronic Dicaire aussi, ils sont même revenus. C’est ça la preuve que la salle plait, le fait de les voir revenir est notre meilleure publicité.

Il y a aussi le retour du public qui est super important pour eux qui se nourrissent des applaudissements, des gens qui chantent, qui rigolent, qui apprécient… On a vraiment la chance à Mâcon d’avoir un tout qui fait que les artistes se sentent bien ici.


Comme le public finalement au rendez-vous avec 31 000 spectateurs en moyenne par an…

On a de très bons retours en effet, aussi bien pour les concerts que pour les autres manifestations. On a pu avoir certains mécontentements ou des couacs avec les placements et replacements, mais nous ne sommes pas responsables des plans de salle. Et puis, cela a surtout été le cas avec les différents reports et les jauges réadaptées.

En ce qui concerne la salle, on a la chance à Mâcon d’être idéalement situés, à des nœuds autoroutiers au carrefour de plusieurs régions et proche de la Suisse aussi. Il y a une facilité d’accès pour tout le monde, des parkings gratuits à proximité et une offre de 1700 nuitées, ce qui est très intéressant quand on accueille des salons (10 à 12 par an avec notamment le premier Vinequip en avril) et des congrès professionnels importants. Une offre que l’on essaie d’ailleurs de développer encore plus. La seule chose qui nous fait cruellement défaut, et pour laquelle nous devons à chaque fois anticiper pour répondre aux visiteurs, c’est l’absence de taxi à Mâcon, un service important notamment pour notre clientèle professionnelle.


Quels artistes rêveriez-vous d’accueillir aujourd’hui ?

J’aurais adoré Les Petites canailles… ou ré accueillir Michel Sardou, on aura à la place la comédie musicale avec ses tubes. J’aimerais revoir à nouveau Tryo, Indochine ou même Jean-Louis Aubert seul, M également.

On a récemment fait un sondage auprès du public sur les réseaux et les demandes sont très variés : Patrick Fiori, Shaka Ponk, Claudio Capéo, Roch Voisine, Muriel Robin, Vincent Dedienne, Soprano… et même Mylène Farmer ! Je sais très bien qu’avec notre capacité, on ne l’aura jamais, ni même Sting. Il faut être réaliste, économiquement, compte tenu de la capacité de la salle, ce n’est pas envisageable.


Cette jauge a pourtant augmenté depuis votre arrivée…

On a aujourd’hui 400 places assises de plus qu’à l’ouverture, en passant de 2 900 à 3 300 places. Et toujours 5 600 au total avec les places debout et la fosse. On a franchi ce seuil psychologique des 3 000 places qui peut être important pour accueillir certains artistes. Cette augmentation de la jauge était un dossier très important pour moi et nous a demandé à tous un très gros travail, mais j’ai la chance d’avoir une très bonne équipe avec un régisseur spectacle très apprécié, une équipe sécurité aussi, des placeurs et du personnel au bar au top, des femmes et des hommes derrière qui suivent et qui participent grandement au succès du Spot.


Vous avez un souvenir, une anecdote en particulier ?

Je n’ai pas eu d’annulation de dernière minute, ni d’accouchement dans la salle… pourtant certaines arrivent enceinte de neuf mois ! On a quand même eu une personne qui nous appelait la veille du spectacle pour savoir si elle était prioritaire pour l’entrée… Et qui finalement nous rappeler le lendemain pour nous dire qu’elle ne viendrait pas parce qu’elle avait accouché dans la nuit, sur ce coup là, ça s’est joué à quelques heures ! Mais un jour c’est sûr qu’on en aura. Sinon on a eu des fans qui ont passé la nuit dehors, dans des couvertures de survie, pour le concert de Kendji Girac, des médecins et dentistes à trouver en urgence pour des artistes et leurs musiciens, une panne de micro aussi pour Michaël Gregorio dans une salle blindée… mais ce n’était pas notre matériel. Sinon on n’a jamais eu de demandes incongrues des artistes.


Il y en a un qui vous a marqué ?

Calogero ! Avant d’arriver à Mâcon, je travailler au Havre. Le 28 janvier, c’est mon dernier concert là-bas, sur scène Calogero. À la fin du show, je vais le voir et je lui dis à dans trois jours… Il n’a pas réagi. Le 1er février, je commençais au Spot, le lendemain à l’affiche… Calogero ! Je vais le voir au catering, il me demande ce que je fais là. Je lui ai répondu : « Je t’aime tellement que je prends la direction de tous tes concerts donc à dans quatre jours à La Rochelle ! Il y a donc forcément un attachement particulier avec cet artiste, comme une transition entre les deux salles et une continuité pour moi.

Je citerais également Stromae, Michel Sardou, Les Bodins que j’ai reçus plusieurs fois au Havre, mais avec 2200 m2 de ferme au sol et leur spectacle grandeur nature, c’est impossible de les accueillir à Mâcon. Lionnel Astier est également un homme vraiment intelligent, respectueux et bienveillant.


Justement en parlant de Lionnel Astier, le théâtre de boulevard n’a pas forcément le succès escompté. On serait tenté de dire que c’est peut-être le seul échec de ces dix ans…

Un échec non, une déception oui ! J’aurais aimé que cela prenne parce qu’il y a un public pour cela à Mâcon, on l’a vu avec 1 200 personnes en décembre 2019 pour « Deux mensonges et une vérité ». Mais aujourd’hui, je me pose beaucoup de questions. Le Spot n’est peut-être pas la meilleure salle pour cela. Avant de me lancer, j’ai étudié plusieurs possibilités : l’auditorium de 400 places n’est pas suffisant parce qu’on n’a jamais fait moins de 600 personnes, mais le spot n’est peut-être adapté, la grandeur de la salle compliquée à gérer. Et pour le public, on n'a pas le confort d’un théâtre avec le public sur des chaises en plastique. Je ne vais pas donc pas insister dans ce créneau, à regret parce que c’est franchement privé les gens d’un moment génial.



En chiffres

Chaque année, le Spot c’est :

15 spectacles en moyenne

31 000 spectateurs

Entre 75 et 80 évènements

140 000 personnes qui franchissent les portes du parc toute évènement confondu (concerts, salon, congrès…)

200 jours d’occupation (et même un peu plus avec le temps de montage et démontage selon les manifestations)

2016


Et aussi…

5600 places dont 3 300 assises

5 580 spectateurs, plus grosse affluence avec la venue de Renaud le 2 décembre

19 mois sans concerts ni spectacles… 13 février 2020 / 3 octobre 2021

50 000 participants attendus le 5 octobre 2024 pour le Congrès national des pompiers, le congrès le plus gros de France