Le Spot à Mâcon : « On est encore debout ! »


Fermé administrativement depuis le 15 octobre, le Spot tourne au ralenti. Occupée entre 200 et 250 jours par an en temps normal, la salle événementielle n’a accueilli qu’une trentaine de rendez-vous, maximum, depuis un an… Entre reports, annulations et gestion courante, toute l’équipe du Spot à Mâcon s’adapte au quotidien, sans aucune perspective de reprise pour le moment… Rencontre avec Béatrice Paul, directrice de Mâcon Événements.



Comment vous et votre équipe vivez cette période difficile pour les lieux culturels ?

On est passé par plusieurs stades. Il y a le premier confinement où tout s’arrête. On accuse le coup et on accepte en se disant qu’en septembre, ça va reprendre. Et d’ailleurs ça a repris. On a eu 123 Mâcon, les Rendez-vous de l’emploi, un premier salon vintage également ! On y a vraiment cru jusqu’à l’intervention du Premier Ministre en octobre. J’avais les organisateurs du Monde des dinosaures sur le parking, je suis descendue leur dire que ce n’était pas la peine qu’ils s’installent… C’était reparti pour une deuxième fermeture. Là, on se dit, on laisse passer les fêtes, ensuite ça ira mieux… Mais depuis, rien. Aujourd’hui, tout le monde a bien compris qu’il fallait vivre au jour le jour, s’adapter au gré des annonces. C’est compliqué parce qu’on repousse sans arrêt les échéances…


Les journées sont rythmées par les reports et les annulations…

C’est exactement ça ! On renseigne aussi les personnes qui souhaitent se faire rembourser, d’ailleurs il faut savoir que le Spot n’a pas de billetterie, pour les remboursements il faut contacter la plateforme sur laquelle vous avez acheté vos billets. On a aussi pris le temps de renégocier nos coûts de maintenance et revu nos factures. Le Spot est une véritable machine de guerre qui coûte 50 000 € par an. Même à l’arrêt, la maintenance et les contrôles réglementaires sont obligatoires. On ne peut pas arrêter toutes les installations. Économiquement, entre le 1er janvier et le 15 avril, on va perdre 415 000 € de CA. On tient grâce au chômage partiel et l’aide la Ville de Mâcon a été extrêmement importante l’an dernier avec une exonération du loyer.


Qu’est-ce qui est le plus difficile aujourd’hui ?

On n’a aucune vision de la reprise pour tout ce qui est manifestation grand public. Ce qui est sûr c’est que d’ici l’été, et jusqu’à l’automne, accueillir des spectacles grand public va être compliqué. On le sait, on est dépendant de la vaccination. De notre côté, on a réussi à changer notre état d’esprit et appris la souplesse quand il s’agit par exemple de reporter une 3 ou 4e fois une date. On doit également mettre en place notre planning 2022 et 2023 avec les dates reportées de 2021, mais aussi celles qui étaient déjà programmées. Heureusement dans ces moments, on peut compter sur des messages de solidarité et d’encouragement du public. Et prendre le temps de se former et d’avancer sur d’autres projets comme notre site internet, parce que le jour où ça redémarrera on sera sur un site qui va tourner H24 et il faudra être prêt.


Prêt à accueillir du public avec un protocole particulier…

Quand on a rouvert cet automne, on avait travaillé avec la Préfecture pour que tout soit ficelé. Ce sera la même chose, mais on ne sait pas aujourd’hui dans quelles conditions les spectacles vont reprendre. Avec la distanciation, on enlève 34 % de la jauge, comment gérer les plans de vente et dire à ceux qui ont réservé un carré or qu’ils seront placés ailleurs ? Il y a aussi d’autres paramètres économiques à prendre en compte. Peut être que l’on pourra plus facilement accueillir des petits événements dans un premier temps pour respecter la distanciation et le protocole strict.


Vous avez heureusement la « chance » de pouvoir accueillir certains événements…

On a cette chance en effet d’être un site pluriactivités qui nous permet d’accueillir des congrès, de l’événement d’entreprise, des salons grand public professionnels, des concours administratifs, ou encore des artistes en répétition. En mars, on a reçu un concours administratif, a priori fin avril on devrait accueillir le concours des vins qui se déroulera sur trois jours en respectant les distanciations. Nous avons aussi des petites assemblées générales ou encore la présélection du concours agricole de Paris.


Il y a également une certaine solidarité avec les autres acteurs du monde de la culture…

Beaucoup même ! Cette période nous a rapproché de tous nos prestataires, on se téléphone régulièrement. Je soutiens également les intermittents parce qu’on travaille avec eux tout au long de l’année. Récemment, le Spot a accueilli des DJ venus mixer dans une salle vide. Jérôme Ledto nous l’a demandé, on a trouvé une date et on a fait revivre le lieu autant que faire se peut. C’est un lieu d’expression pour eux, c’est aussi notre mission et ce genre d’événements nous donnent une tribune et montrent qu’on est encore là, qu’on est encore debout.