Les Michelines ou l’histoire d’une rencontre


Le 27 novembre prochain, elles présenteront leur nouvel album, « La Pieuvres » sur la scène du Crescent à Mâcon. Anne et Pauline, alias Les Michelines, nous plongent dans un univers sensible et singulier de la chanson française, avec leurs voix, leurs compositions et leur interprétation. En attendant de découvrir leurs nouveaux titres, et de (ré)couter leurs mélodies accrocheuses et leurs textes si bien ciselés, What’s Up vous invite à faire connaissance avec ce duo de femmes pétillant…


La rencontre. Anne est originaire de Haute-Savoie, Pauline de Lille… Et leurs chemins se sont croisés sur les bords de Saône, de l’autre côté de la Saône, à Saint-Laurent. Un soir d’été 2010 à l’occasion de la Fête des voisins. Pendant que leurs compagnons discutent mécanique, elles parlent de… bébés ! Jeunes mamans, elles se rendent compte que leurs enfants ont cinq jours d’écart. Une rencontre amicale donc avant le coup de cœur musical. « On a mis plusieurs années avant de chanter ensemble. »

Pauline a fait onze ans de chant lyrique, Anne du piano avant de « gratouiller » la guitare. C’est lors d’un apéro entre amis, encore, qu’elles se découvrent musicalement. « J’ai pris la guitare, joué quelques notes et Pauline a commencé chanter, j’ai fait la deuxième voix et on s’est dit « c’est chouette il y a quelque chose là ». Et voilà l’histoire des Michelines lancée… « On a commencé à se retrouver toutes les 2-3 semaines pour faire de la musique ensemble, puis on s’est prise au jeu une fois par semaine, c’est notre petite notre bulle d’air. Ça a collé tout de suite alors qu’au départ, nous n’avons pas pas le même univers. Anne est plus rock et musique anglo-saxonne, alors que moi je suis plus pop, plus chanson à voix essentiellement française. » Leur complémentarité - Pauline plus chanteuse, Anne plus technique, instrumentiste - fait aussi leur force.


Premiers concerts. En petit comité en 2014… au mariage de Pauline. « On a voulu faire une surprise aux invités et on a chanté toutes les deux. » Un an après, elles jouent un soir de Fête de la musique, devant le Bazar Café à Mâcon. « La programmatrice de la Cave à musique est passée devant nous, nous a écoutées et nous a proposées de faire un concert à La Cave. C’était en 2016, avec la première partie de Bazbaz, un gros challenge pour nous. Heureusement, on a pu faire 2-3 jours de résidence pour se préparer. » L’appréhension et le stress de cette première scène laissent vite place à l’envie de recommencer. Ces quarante-cinq premières minutes sur scène ne seront pas les dernières… La preuve avec une année à vingt-cinq concert avant la crise sanitaire. « La Cave nous a vite proposées d’être accompagnées par un super musicien, Bruno Simon. Depuis quatre ans, on apprend beaucoup avec lui sur les harmonies, les arrangements, il nous a aidées à trouver notre identité aussi grâce à son écoute et ses conseils. »


Des reprises aux compos. Moriarty, Keren Ann, Michael Jackson revisité… Les Michelines commencent par des reprises avant de se lancer dans leurs propres compos. D’abord en anglais et écrites uniquement par Anne « dans cette langue par pudeur certainement. » Et puis toutes les deux se mettent à écrire en français. « Un jour, Pauline s’est lancée, elle est arrivée avec un morceau, j’étais un peu stressée parce que je me suis dit que ça ne me plairait peut-être pas et que je ne saurai pas comment lui dire. Et puis je l’ai trouvée super ! » Les deux artistes ont une manière bien différente pour écrire. « Par brides qui murissent et que je pose le soir au lit sur un carnet et 2-3 jours suffisent » pour Pauline. Anne commence toujours à partir d’une musique « je joue quelques notes, j’enregistre sur mon dictaphone, je chantonne, ça chemine, j’associe des idées et petit à petit ça prendre forme, au bout d’un mois, j’ai un morceau. »


Les textes. La musique permet de faire passer des émotions et les Michelines n’y dérogent pas. « C’est une mise à nu et ça permet de transmettre des messages réfléchis et construits », souligne Pauline. « Je pars souvent de quelque chose de personnel que je travaille pour avoir une interprétation plus large, plus universelle. Certaines personnes se retrouvent d’ailleurs dans certains textes. « Parfaite » émeut les jeunes mamans, « c’est une chanson sur tout ce qu’on s’impose souvent quand on est une femme, ce qu’il faut gérer en tant que maman, au travail aussi et à la maison. » « Valda » aborde les attentats au Bataclan et évoque plus largement la manière dont on se relève d’un traumatisme. « On a beaucoup de chansons avec des thèmes un peu graves, mais on y met un rythme et une tonalité gais parce que l’idée c’est de transformer cela en d’autres émotions. »


Le nouvel album, « La Pieuvre ». Leur album est prêt depuis le printemps 2020. Il a été enregistré une semaine avant le premier confinement, pendant les vacances de février avec Julien Lacharme. « La grosse frustration, c’est qu’on n’a pas pu le présenter avant. » La pochette est signée Pauline. Les textes par toutes les deux, moitié-moitié : « Les gens nous disent qu’ils ne se rendent pas compte qu’il y a deux plumes ». Il y a même une chanson coécrite « Je te jette » : « C’est la seule fois où on s’est posées ensemble, la seule aussi pour laquelle on a fait un clip, c’est une chanson un peu marrante, c’est aussi plus facile d’écrire à deux quand on est plus dans le délire que dans les émotions. »

Ce second album est autoproduit et autofinancé grâce à ce qu’elles ont gagné avec leur premier EP de neuf titres. « La musique, ce n’est pas notre métier, on n’en vit pas. On a donc choisi de réinvestir pour proposer un beau produit, une belle pochette de CD, avec les paroles, qu’on nous demandait. »

Le nom de l’album ? C’est celui d’une des chansons « La Pieuvre », qui porte sur « la puissance du féminin, la pieuvre et ses différentes facettes avec un côté presqu’incantatoire et de sorcière. Un animal à la fois fascinant et inquiétant. »

Ce deuxième album compte douze titres, écrits en un an et demi, enregistrés en… six jours de 9 h à 19 h !


La vie sans musique ? Impossible aujourd’hui pour toutes les deux. « C’est notre bouffée d’air frais dans notre vie de femme active, de maman et nos familles l’ont très vite compris. C’est un besoin et le rituel des répets tous les mercredis soir est sacré. » « C’est impressionnant à quel point je suis plus heureuse depuis que je me suis remise à faire de la musique, explique Anne. J’en parle dans une chanson « Autrement » qui évoque les rencontres avec les personnes qui nous font bifurquer. Cette rencontre avec Pauline, c’est un grand bonheur ». Pour Pauline, « la musique, c’est une thérapie, un exutoire, mettre des mots sur ce qui est douloureux permet d’accélérer le chemin digérer les événements. »

Les Michelines, c’est aussi et encore l’histoire de rencontres avec « des gens géniaux. Il y a une richesse de la scène locale à Mâcon. On a des supers conditions de répétition, des supers opportunités pour faire ce que l’on aime et pleins de musiciens talentueux ! »


Le concert au Crescent. Rendez-vous le 27 novembre ! Un an qu’elles attendent cela. Les Michelines devaient présenter leur nouvel album le 28 novembre 2020. La crise sanitaire a tout décalé. « C’est notre rêve de jouer au Crescent ! On est fières de cet album et on a vraiment hâte aujourd’hui de le partager avec notre public et nos musiciens. » Ils seront cinq sur scène avec Max Dutronc, Bruno Simon et Miguel Correia. Une première dans cette configuration, les concerts sont habituellement plus intimistes. « On va retrouver des morceaux de notre premier EP aussi, revisitées, réarrangées au piano et au niveau de l’harmonie, comme « Carcan Plasma ». Ça permet de garder les choses vivantes et surprendre le public ! »


Les Michelines, au Crescent à Mâcon, le samedi 27 novembre à 21 h. Tarifs : 12 € et 8 €. Renseignements et réservations : www.lecrescent.net

L’album « La Pieuvre » est en vente au Cadran Lunaire, rue Franche, et chez Dolce Mozza, rue Lacretelle à Mâcon.