Maxim Plat, l’arbitrage au cœur

À 29 ans, pour sa quinzième saison sifflet à la bouche, Maxim Plat vient de passer arbitre fédéral. Il fait ainsi partie des quelque cent dix arbitres centraux et acteurs indispensables à la pratique du football chaque week-end. Et peut désormais officier en tant qu’arbitre central en N2 et 4e arbitre en Ligue 2. Une accession qui récompense des années de travail, de remise en cause et de passion. Rencontre.

Comme beaucoup d’arbitres, Maxim a une double vie. La semaine, parallèlement à ses fonctions de collaborateur parlementaire du député Benjamin Dirx, il est aussi adjoint au maire de Mâcon Chargé de la sécurité et de la tranquillité publiques, de la prévention de la délinquance et de l'administration générale. Le week-end, c’est sur les terrains de football qu’il officie en tant qu’arbitre central ou quatrième arbitre. Il troque le téléphone et les dossiers politiques contre les cartons et le sifflet, le costume contre les crampons et le maillot noir, jaune ou rose… pour un rôle qui le passionne.


Cet été, Maxim a entamé sa quinzième saison en tant qu’arbitre officiel. Mais dans ses souvenirs, ses premières armes sont bien plus anciennes : dans la cour de l’école primaire et des salles de sports au collège où il aimait déjà arbitrer ses camarades au football et au hand. « C’est quelque chose qui m’a toujours plus. Comme beaucoup de gamins, j’ai commencé le foot en poussin, j’ai joué pendant longtemps et puis à 15 ans, quelqu’un au club m’a proposé de commencer l’arbitrage. Je n’ai pas hésité, pendant une saison j’ai fait les deux : gardien de but et arbitres, avant de me consacrer entièrement à l’arbitrage, explique le Creusotin d’origine. À l’époque, il s’agissait de trois formations théoriques de deux heures en soirée avant de passer un examen et de se retrouver sur le terrain un mois plus tard ! Ça a bien évolué aujourd’hui ! »


Ce qui n’a pas changé en revanche, c’est cette passion qui l’anime depuis ses débuts. « C’est quelque chose qui s’inscrit dans une trajectoire de vie. J’ai fait des études de droits. Mon caractère montre que je suis quelqu’un de plutôt mesuré et équilibré. L’arbitrage colle donc bien à ce que je suis. C’est aussi une super école de la vie, sportivement et humainement. On sait tous que tout le monde ne va pas devenir Clément Turpin, mais en tant qu’homme ou femme, l’arbitrage nous aide à grandir, à prendre des responsabilités, à nous épanouir et à rencontrer des gens d’horizons différents. »


De ses débuts en jeune arbitre district ou régional, à son passage jeune arbitre de la fédération ou arbitre fédérale niveau 4 cette année, Maxim a toujours eu envie d’aller plus haut. « Les arbitres sont des sportifs aussi, donc des compétiteurs qui ont forcément envie d’aller plus haut. Être arbitre de la fédération, c’était un objectif important pour moi, j’ai réussi après deux échecs. »


Ce succès lui permet cette saison d’arbitrer des matchs de N2 et d’être quatrième arbitre en Ligue 2. Depuis cet été, il a déjà officié sur Metz/Saint-Quentin, Goal FC/Angers, Évian/Grasse, Bourges/Saumur en N2 et Amiens/Paris FC en L2. « La Ligue 2, c’est le monde pro, il y a donc plus d’attention médiatique, plus de monde autour du match et les exigences sont immenses. En tant que quatrième arbitre, on est au service du trio. À nous de tout faire pour que ça se passe bien, nous sommes les yeux du central et de l’assistant parce qu’ils ne peuvent pas tout voir. Notre job c’est vraiment d’aider. »


Avec son travail, ses fonctions d’élus et l’arbitrage, les semaines sont donc bien remplies. « Il faut juste être un peu organisé » pour concilier les rendez-vous professionnels et la préparation physique et technique. « Chaque arbitre doit se prendre en charge, mais il a à sa disposition les préparateurs physiques de la fédération. De mon côté, à l’heure du déjeuner ou en soirée, l’entrainement c’est quatre fois par semaine à ce niveau. Je cours, je fais du vélo, je vais nager et j’ai pris une licence au tennis cette année. Quand on a la chance d’arbitrer en N2, la motivation vient seule. » Chaque lundi, comme tous les autres, Maxim se refait également le match pendant deux heures, « on visionne la rencontre, on s’auto évalue, on voit où il faut progresser, on échange avec des arbitres plus expérimentés pour avoir des conseils, des avis sur telle ou telle situation. L’arbitrage, c’est une remise en question perpétuelle. Le jour où tu arrêtes de te remettre en question, tu redescends ! Tous les matchs aujourd’hui sont filmés, autant dire que l’autocritique est facile et cela apprend l’humilité. »


L’analyse se faite également en amont des rencontres avec le visionnage de vidéos de la Direction technique de l’arbitrage. « Regarder ce qui se passe en Nationale nous permet de travailler et de préparer chaque rendez-vous sans rien laisser au hasard. L’idée n’est pas de copier un arbitre, mais il y a des trucs à prendre chez tout le monde. On n’est jamais aussi bon que quand on est soi, sans préjugé, mais avec une ouverture d’esprit qui nous permet de nous adapter à toutes les situations pour ne pas être enfermés dans une stratégie. »


Sur l’image des arbitres et la réputation actuelle des hommes en noir, Maxime Plat répond sans détour : « Un bon arbitre est discret globalement et présent ponctuellement, j’aime cette phrase quand on ne parle pas de nous c’est mieux et ça veut dire que globalement, on a sifflé juste. Il ne faut pas non plus oublier que notre mission principale est la protection des joueurs. Souvent, le public a en tête l’image des arbitres arrogants qui ne se remettent pas en question, mais je ne connais pas un arbitre qui n’a pas été bon sur un match et qui passe une bonne nuit. La différence c’est qu’à notre niveau, on a des gens autour avec qui en discuter, alors qu’en départemental, les arbitres sont seuls. Ils arrivent seuls au match, sont seuls sur le terrain et après la rencontre. »


De quoi en décourager plus d’un ? « On sent un avant et un après covid au niveau départemental. Quand je vois la dureté des réactions derrière la main courante, je leur dis : « les gars, prenez un sifflet et aller juger ! Vous verrez que ce n’est pas facile ». De la même façon, aurait-il la même réaction si l’arbitre était leur enfant ou un de leurs proches ? On retient souvent les erreurs de l’arbitre, mais les joueurs en font aussi. Et dans la vie de tous les jours, que ce soit au niveau professionnel ou personnel, on en fait aussi, mais cela permet d’avancer. Les arbitres sont vraiment des amoureux du foot. Il n’y a pas que des moments faciles, mais c’est vraiment très chouette de le faire. »


Maxime est bénévole à la commission départementale des arbitres depuis dix ans, d’abord en tant que responsable de la formation, et aujourd’hui vice-président. Il prend son rôle très à cœur, est à l’écoute, donne son ressenti, distille des petits conseils. « Je veux donner envie aux jeunes de venir à l’arbitrage, aider ceux qui y sont déjà et rendre tout ce que l’on m’a apporté quand on est venu me chercher à 15 ans. J’ai la chance d’avoir été accompagné par des gens formidables. Ma famille a toujours été là pour m’emmener sur les matchs, les encadrants et bénévoles du club, des commissions départementales et régionales aussi. Sans eux, tu ne peux pas progresser. Si j’ai la chance d’arbitrer en N2, c’est grâce à tous ces gens. Il y a du travail, mon travail à côté, mais pas seulement. S’ils n’avaient pas été là, je ne serai pas là aujourd’hui. »