Passion : vinyle, profession disquaire


Il y a vingt ans, ces « galettes » étaient encore ringardisées avec l’arrivée des CD… Elles se vendaient à un prix dérisoire, finissaient dans les cartons au grenier ou pire à la poubelle. Mais depuis quelques années le vinyle s’offre une nouvelle vie… Plus qu’un effet de mode, il s’est installé sur les platines, dans les salons… et même dans les centres-villes avec plus de trois cents disquaires indépendants. Parmi eux, Thomas Paoli à Mâcon.


« J’ai toujours été passionné de musique, mais créer mon entreprise et en vivre me paraissait être un rêve tellement inaccessible… » Et pourtant, au printemps prochain, la deuxième quinzaine de mars plus précisément, la Disquerie ouvrira bien au 54, rue France, au cœur du centre-ville de Mâcon. Cette nouvelle boutique 100 % vinyle, c’est le projet de Tom Paoli, un quadra mâconnais qui a eu l’envie et le courage de concrétiser ses envies.


Passionné son adolescence par la musique, il a toujours baigné dedans. D’abord avec un père qui collectionnait les vinyles et écouter beaucoup de jazz, de blues et de flamenco dans son atelier d’artiste peintre. Ensuite en montant un premier groupe de musique puis d’autres en tant que chanteur guitariste avec des reprises des Doors et de chansons rock.


Au début des années 90, il allie sa passion à son travail. « J’ai été objecteur de conscience, j’ai refusé de faire l’armée pour travailler dans une association culturelle, j’ai choisi La Cave à musique et ça a duré vingt mois. » Là, il découvre l’univers de la scène et comprend que c’est dans ce domaine qu’il souhaite continuer à travailler. Au terme de son contrat, il faut d’abord un bref passage au Virgin Mégastore à Lyon avant de faire un remplacement à l’univers du livre à Mâcon. « C’est là que les disquaires de la boutique m’ont mis le pied à l’étrier en me faisant davantage découvrir le vinyle. » Il rentre ensuite chez Cultura, à Givors, puis à Mâcon au rayon Disques, vidéo et multimédia. Il y restera pendant presque vingt ans… avant de concrétiser son projet.

« Je me sentais très bien là-bas, j’y ai appris mon métier, j’étais dans une super équipe, mais depuis deux-trois ans, j’avais envie d’autre chose, de travailler autrement et de monter ma boutique de vente de vinyles. C’était le bon moment pour franchir le pas ! » Thomas commence par rencontrer d’autres disquaires lyonnais et chalonnais, se renseigne et prend un maximum d’infos pour ne pas se lancer dans l’inconnu. Ces échanges ne font que renforcer son choix et son amour de la « galette ».

« J’avais vraiment envie de revenir à la source et de me concentrer sur un seul produit. Depuis dix ans, c’est un objet apprécié et acheté pat toutes les générations de 15 à 95 ans, ce n’est pas qu’un effet de mode puisque les ventes sont exponentielles. Il suffit de regarder les chiffres : l’an dernier, aux États-Unis, les revenus du vinyle ont dépassé ceux du CD, 5 millions d’exemplaires ont été vendus en Angleterre et 4 en France ! » Ce succès il l’explique par le besoin de palper quelque chose et de trouver un équilibre entre le streaming « qui sert à découvrir un artiste » et le vinyle qui « est comme un objet de collection avec ce côté esthétique de la pochette. On a l’impression d’avoir un trésor entre les mains. »

Et puis il y a ce son chaleureux « qu’on ne retrouve nulle part ailleurs », cette découverte d’un album autrement. « La musique, ce n’est pas que zapper d’un morceau à un autre, avec un vinyle, on comprend que l’artiste a choisi un ordre logique pour ses différentes chansons. On se pose, on écoute, on apprécie. » Tout ce que souhaite proposer Thomas dans sa disquerie. Accompagné par la CCI de Saône-et-Loire et la ville de Mâcon, et très bien accueilli par les commerçants du quartier, le jeune entrepreneur a hâte d’ouvrir ce lieu qu’il a voulu chaleureux. « Je veux que les gens se sentent à l’aise, je souhaite aussi privilégier les échanges, en faire un lieu de rencontres entre passionnés. »


À l’intérieur, une déco vintage et cosy, des meubles faits sur mesure, un comptoir en métal chiné, un coin salon, des fauteuils, des boissons offertes, des points d’écoute pour les vinyles d’occasion, un poste informatique pour écouter les nouveautés sans les ouvrir, un service de nettoyage d’anciens vinyles, une billetterie pour les salles locales, des livres et des accessoires pour instruments… Et bien sûr des vinyles neufs et 60 % d’occasion : « Le marché est en plein boom. L’offre sera généraliste et sur le neuf je vais cibler des styles que j’aime et pour qui il y a la clientèle à Mâcon : du rock indé, du métal, du reggae, du jazz, du rock progressif… avec des petits distributeurs indépendants. » Et la liberté très plaisante de pouvoir travailler « comme j’aime et comme je veux. »