Pierre Birembaut, les valeurs en première ligne


Arrivé à l’AS Mâcon il y a dix ans, Pierre Birembaut, originaire de la Drôme, est devenu au fil des années un pilier incontournable des « Taureaux ». Le deuxième ligne est un symbole du courage et des valeurs de cette équipe mâconnaise et de ses inconditionnels supporters. Rencontre avec le capitaine emblématique du club mâconnais.


Ses débuts dans le rugby. J’ai commencé à Montélimar dans les catégories jeunes dès l’âge de 6 ans. Pourquoi le rugby ? Je ne sais pas, j’étais un peu costaud à l’époque, j’ai testé, ça m’a plu. Et puis il y a toute l’ambiance autour. Même si on n’est pas forcément très bon à la base, il y a les copains, on s’amuse, on se fait plaisir. J’ai arrêté au collège, à 12 ans, j’en avais un peu « marre », je voulais voir autre chose aussi. Sans m’inscrire dans d’autres clubs de sport, j’ai testé le basket, le tennis… C’est aussi une période où j’ai pas mal grandi, je me suis affiné, et au lycée, j’ai retrouvé des copains avec qui j’avais joué, petit. Ils m’ont tendu la main et j’ai refranchi le pas. Après mon bac à Montélimar, j’ai fait une détection à Lyon qui s’est bien passée. J’ai intégré le LOU Lyon rugby jusqu’en espoirs pendant trois ans. J’ai eu la chance de disputer six matchs avec l’équipe première en Pro D2.


Son arrivée à Mâcon. À la fin de l’aventure avec le LOU, à 23 ans, je cherchais un club de Fédérale 1. J’ai été contacté, avec quelques autres joueurs, par Jean-Henri Tubert et Alain Piguet pour rejoindre l’AS Mâcon. On savait qu’il y avait pas mal de changements dans le groupe mâconnais, c’était un peu l’inconnu, mais le projet présenté était super intéressant. On s’est tous laissés tenter et on a décidé de vivre l’aventure ensemble. C’est toujours plus sympa aussi quand on connaît une partie du groupe.


Ses premières impressions sur le club. L’AS Mâcon fait partie des clubs français les plus anciens, on a d’ailleurs fêté les 110 ans du club l’an dernier. On a été très bien accueillis par les joueurs qui étaient restés Benjamin Martin, Thomas Huet, Alex Verri, Romain Payan… On a aussi tout fait pour s’intégrer. On sentait déjà à l’époque qu’il y avait un projet d’évoluer à long terme. Et c’est ce qui s’est passé.

Au départ, j’avais signé deux saisons et dix ans après je suis encore là ! Très rapidement, on a créé dans ce groupe des liens d’amitié avec des joueurs qui venaient pourtant d’horizons différents. J’étais aussi dans la mentalité de construire quelque chose avec Mâcon et les joueurs qui étaient là. J’évoluais dans un groupe qui vivait bien, ma compagne s’est bien intégrée à la ville. En 2013, on a eu notre premier enfant, Mâcon était toujours parmi les têtes de série de la Fédérale 1, côté infrastructures, on n’a pas à se plaindre, on est plutôt bien lotis. Alors cette envie de voir autre chose, que tous les jeunes joueurs peuvent ressentir à un moment donné, est vite partie.


Son meilleur souvenir. En dix ans, il y en a beaucoup forcément, mais je dirais que le premier gros souvenir, ce sont les quarts de finale contre Lille. Cette année-là, dans notre poule, on avait toutes les grosses écuries de Fédérale 1, la plupart sont d’ailleurs en poule Nationale aujourd’hui Bourg, Dijon, Chalon… Quand on rentrait dans un stade où il fallait rajouter des tribunes tellement il y avait de monde. Comme autres souvenirs, il y a aussi les phases finales, la finale perdue contre Rouen, les demis à Nîmes et forcément le titre de champion avec le challenge Yves Du Manoir il y a deux ans. Outre les résultats, il y a aussi beaucoup de belles rencontres. Depuis dix ans, j’ai côtoyé pas mal de joueurs et on reste en contact.


L’ASM, ses bénévoles et son public. C’est un club familial. Il y a pas mal de bénévoles, des dirigeants qui sont là depuis toujours, des purs Mâconnais. Heureusement qu’ils sont là d’ailleurs. On les croise régulièrement au stade, c’est grâce à eux que les clubs comme le nôtre peuvent vivre. Notre métier, ce n’est pas seulement les entrainements et les matchs, c’est aussi aider les personnes qui entourent le club dès qu’on le peut. En tant qu’ancien joueur de Mâcon, j’essaie de transmettre ces valeurs.

L’AS Mâcon est un club ambitieux, même si toutes les années ne répondent pas toujours aux attentes. On sent l’envie d’avancer, les collectivités et les partenaires nous suivent. On a encore une nouvelle salle de musculation qui va être créée. On est quand même un club privilégié, après il faut aussi que les résultats sur le terrain soient là pour prouver qu’on mérite tout ça.

À côté de tout cela, la vie du club c’est aussi de s’intéresser aux autres équipes et de faire le lien avec elles. Que ce soit avec les espoirs ou l’école de rugby et les jeunes. En tant que joueurs de l’équipe première, on est l’image du club et les gamins s’identifient à nous, ils sont là le week-end sur le bord du terrain pour nous soutenir. C’est normal d’être à leurs côtés.


Son rôle de capitaine. Je suis devenu capitaine un peu par hasard. Certains capitaines parlent beaucoup et ont des discours transcendants. Moi, je suis plus un capitaine d’action, ce n’est pas forcément avec mes mots que je vais faire avancer un groupe, c’est plus par un comportement. Je vais essayer d’être exemplaire. Après dans un groupe, on a besoin du capitaine et d’autres joueurs avec des tempéraments différents. Je suis quelqu’un de calme et de bienveillant. Pour tirer le meilleur d’un groupe et de chaque joueur, il faut que tout le monde se sente bien. Après ça n’empêche pas de dire les choses quand il le faut… Sur le terrain, j’essaie d’être serein pour faire avancer l’équipe parce que si je suis stressé, cela devient compliqué pour tout le monde.


Hors terrain. J’aime bien faire de la soudure, je fais du mobilier industriel notamment. Sinon j’aime bien sortir, voyager en France, découvrir de nouvelles régions françaises, retrouver des amis, des anciens coéquipiers avec ma compagne et mes deux fils. J’aime ces moments de partage en famille et entre amis. On aime les petites randonnées, les balades au grand air, à La Roche de Solutré avec les petits pour qu’ils se dépensent, sur les quais de Mâcon aussi. La ville est super agréable, ça me fait penser un peu à Montélimar, sauf qu’il n’y a pas de Mistral et que le climat est différent ! On sent que c’est une ville dynamique. L’été il y a pas mal d’animations, de festivals, de concerts… sans partir en vacances, il y a de quoi faire.


L'après rugby. J’ai repris une formation dans le bâtiment depuis deux ans. J’avais passé un bac Sciences de l’ingénieur et un DUT Génie civil avant de tout arrêter pour me consacrer à 100 % au rugby. Avec cette licence professionnelle validée à Lyon, je préparer l’avenir et ma reconversion parce que ça se rapproche. Je vais maintenant essayer de trouver un temps partiel en maitrise d’œuvre et suivi de chantier dans le domaine du bâtiment. Même si je suis reparti pour trois saisons à Mâcon, l’objectif c’est que quand je vais arrêter, je n’ai pas de temps creux.

Le rugby ? J’interviendrai certainement encore, quand on a été joueur c’est difficile de lâcher complètement. Je vais avoir envie et besoin de transmettre ce que je sais, ce qu’on m’a appris et de partager ces moments d’émotion avec un groupe. Je ne lâcherai pas c’est sûr, pas en tant qu’éducateur, mais plus comme intervenant ou consultant. Où je ne sais pas, avec ma compagne on est tous les deux de Montélimar, notre famille est là-bas, à long terme on y retournera, on verra bien comment ça va se passer. Après tout il y a dix ans si on m’avait dit que je serai encore à Mâcon dix ans après…