Sandrine Martinet, super championne mais pas que…

Sandrine est une championne paralympique de judo. Mais ce serait bien court comme portrait parce qu’elle est aussi le symbole d’une force, d’un courage et d’un travail acharné pour réussir simultanément son parcours d’athlète de haut niveau dès ses 19 ans, son métier de kinésithérapeute exercé avec passion, sa vie d’épouse et de mère, sans oublier son engagement pour la cause du handicap.



Née malvoyante en 1982, c’est à l’âge de 9 ans qu’elle s’inscrit dans un club. « Mes frères faisaient du judo, je trouvais ça chouette ! J’avais besoin d’une activité qui me redonne confiance en moi parce que je subissais beaucoup de moqueries à l’école. » Le judo lui a tout de suite plu : « Il m’a permis de mieux m’intégrer grâce à son code moral qui véhicule des valeurs telles que la politesse, le respect des autres et le contrôle de soi. »


De plus, le judo est parfaitement accessible avec un handicap et permet de se mesurer aux valides. « À partir du moment où je touche un kimono, je peux m’exprimer comme tout le monde. Plus simple que pour d’autres sports ! »


La jeune Sandrine prend goût au judo et à la compétition et à l’âge de 16 ans, en junior, elle est finaliste lors de sa première compétition en Allemagne. Ses performances sportives lui ont formé le caractère et lui ont donné l’envie de se dépasser. C’est le début d’une longue et belle carrière qui s’achèvera avec les Jeux paralympiques de Tokyo.


Le bac en poche, Sandrine s’inscrit en fac de bio : « C’est dur la fac quand on est malvoyante. J’adore la biologie, mais j’ai été confrontée à beaucoup de difficultés et c’était compliqué pour moi. » Heureusement, lors de son intégration dans l’équipe de France paralympique, un athlète lui parle d’une école de kinésithérapeutes, ouverte aux déficients visuels. « Mes parents n’ayant jamais voulu faire valoir mon statut d’handicapée, personne ne m’en avait parlé ! »


Sandrine a découvert un métier qui l’épanouit : « En tant qu’handicapé, on développe toujours un sens pour compenser celui qui est déficient. Moi, ce sont les mains, pour d’autres athlètes judoka c’est l’ouïe ou l’odorat. J’ai donc choisi un sport qui me va bien et une profession tout à fait adaptée à cette prédominance. »


Installée dans un cabinet à Flacé, Sandrine mène toutes ses activités de main de maître. Épouse d’un militaire et maman de deux enfants dont l’un fait du judo : « Ma fille a essayé un an, mais ça ne lui a pas plu, ce n’est pas grave ! ». Notre championne aime tout autant profiter de sa famille, s’entraîner et découvrir d’autres univers sportifs.


« J’adore tous les sports, ça m’éclate ! Si un jour j’arrive à courir un semi-marathon, je serai toute folle ! L’essentiel, c’est de s’amuser, de progresser, de se lancer des défis comme, par exemple, pour moi, de pratiquer du foot salle avec des petites adaptations me permettant de jouer ! »


Sandrine a le courage, la volonté et surtout elle prend un grand plaisir à tout ce qu’elle entreprend. « C’est ma dernière participation aux Jeux paralympiques de judo, mais je sais qu’après, je vais continuer à me fixer des objectifs différents, certes moins grandioses, mais toujours avec le même état d’esprit : le dépassement de soi ! »


INTERVIEW


Dans quel état d’esprit êtes vous avant ces Jeux paralympiques ?

Je suis très sereine et positive ! J’ai beaucoup de chance de faire tout ce que je fais et j’ai envie de finir ma carrière à Tokyo, patrie du judo, en profitant de chaque instant. Ma préparation se passe très bien avec des super stages. Je m’entraîne aussi avec une partenaire et un entraîneur, ce qui est moins courant. Je complète avec de la musculation, de la course, etc. chez moi, grâce à des appareils financés entre autres par le Département et le Lions club.




Prête pour une nouvelle médaille d’or ?

J’y suis bien déterminée ! Depuis ma médaille d’or aux jeux paralympiques de Rio, j’en ai gagné deux autres en 2019, l’une au championnat du monde et l’autre au championnat d’Europe et j’adorerais gagner aux Jeux de Tokyo. Et puis le contexte est particulier, tout le monde souffre de la crise, mais grâce au sport et avec les super médailles qui nous attendent, on va vivre des émotions assez intenses qui peuvent soulever les foules et unir tout un pays derrière une équipe ! On a envie de montrer de belles images du sport à travers ces Jeux, de mettre en lumière de sacrés parcours souvent jalonnés de difficultés. Quand on réussit à décrocher une médaille, un contrat, un boulot, peu importe, c’est super valorisant, on est récompensé de ses efforts, on a atteint son objectif, c’est génial !


Porte-drapeau lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux paralympiques de Tokyo, cela représente quoi pour vous ?

C’est magnifique d’avoir cet honneur et une grande responsabilité d’être le capitaine de cette équipe de France. Je vis ça comme un merveilleux cadeau et je vais faire ce que j’aime le plus, partager, échanger avec les athlètes, mettre mon expérience et mon vécu à leur service. Cela inclut aussi la médiatisation, donc je réponds le plus possible aux sollicitations pour promouvoir les belles valeurs du paralympique. Il faut donner l’envie de découvrir et de suivre tous ces athlètes, que les jeunes en situation de handicap puissent rêver à travers nos parcours, que les parents d’un enfant né ou devenu handicapé à cause d’un accident ou de maladie, sachent qu’on peut avoir une belle vie. Moi, j’ai eu énormément de chance, j’ai vécu des trucs de dingues, j’ai une famille, un métier que j’adore, je fais du sport au plus haut niveau, plein de rencontres, c’est juste génial. Donc j’ai envie de porter un message d’espoir pour ces jeunes.


Vous en profitez pour donner une autre image du handicap ?

Oui avec nos histoires, je veux montrer aux handicapés qu’il y a une résilience possible avec le sport, sans forcément devenir champion paralympique ! Mais le sport est un vecteur d’intégration sociale, tout autant qu’un métier et on peut avoir une vie accomplie malgré tout. C’est ça la résilience ! Je souhaite aussi que les gens valides soient sensibilisés à ça pour faire évoluer leur regard, car en France, le handicap reste quelque chose de très péjoratif !


Quels sont vos projets après Tokyo ?

J’en ai beaucoup, avec plein de possibilités ! Mon expérience et mon parcours doivent servir aux autres et à faire avancer les choses par le biais de conférences, des partenariats… Je souhaite continuer à exercer mon métier de kiné que j’aime beaucoup, peut-être un jour auprès d’une équipe. Je suis enfin prête à la transition que je n’ai pas pu faire après Rio, donc je ne ressens aucune inquiétude ! Et puis, j’ai vraiment envie de profiter enfin de ma famille, de passer du temps avec mon mari et mes enfants, bref d’être ensemble tous les quatre.


Que suscite en vous le fait de représenter Mâcon à Tokyo ?

Arrivés en 2009, on a été adoptés tout de suite et nos enfants y sont nés. Au fur et à mesure des années, j’ai noué des partenariats avec la mairie, le Département et je les en remercie parce qu’ils aident les sportifs de haut niveau et paralympiques, que ce soit avec des actions de sensibilisation ou un soutien à la fois humain et financier. Je suis donc fière de représenter Mâcon et la Saône-et-Loire et de sensibiliser au handicap un maximum de gens à travers mon parcours.


Quel message souhaiteriez-vous faire passer ?

L’espoir ! On a le droit de rêver et il faut croire en soi. Par contre, ce qui est obligatoire et très important à souligner, c’est le travail, parce qu’on n’a jamais rien sans rien. Ça ne tombe pas du ciel en claquant des doigts, donc il faut travailler, s’entraîner, encore et toujours et surtout rester positif, car le positif attire le positif, le négatif, le négatif, c’est la loi de l’attraction et c’est valable pour tout le monde !

En tant qu’handicapé, on rencontre des difficultés, mais en croyant en soi et en ne lâchant jamais rien, on peut obtenir de très bonnes choses, chacun à son niveau ! Tout le monde ne sera pas champion paralympique mais déjà, parvenir à travers le sport et grâce à tous les efforts que l’on fait, à vivre le mieux possible son handicap, c’est magnifique ! Cela peut arriver à n’importe qui, mais on peut s’en relever, avoir une chouette vie ! La preuve !